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Mehdia Salhaoui

Thérapeute familiale & conjugale

La « crise » d’adolescence 

La crise d’adolescence : Est-elle une étape universelle du développement de l’adolescent ?

Comment se déroule-t-elle ? Quel lien avec l’attachement et l’apport des neurosciences ?

Depuis les années 1960, les chercheurs dans le domaine de la santé mentale se sont beaucoup intéressés à l’étude de l’adolescence et plus précisément à la délinquance juvénile (Ohayon, 2021).

L’’adolescence peut prendre différentes définitions selon les cultures. Généralement, elle peut être définit comme une étape de transition du développement qui vient marquer la transformation entre la fin de l’enfance, le début de la puberté (vers 12-13 ans) et l’âge adulte (vers 18-20 ans). Elle se caractérise par des changements hormonaux, physiologiques, psychologiques, émotionnels et sociaux importants.

Plus précisément, cette période transitoire se caractérise par :

  1. L’entrée dans la puberté ; avec des changements physiologiques majeures tels que : une croissance rapide, des transformations hormonales, le développement des caractéristiques sexuelles secondaires, etc.
  2. Recherche d’indépendance. L’adolescent se détache progressivement de ses parents, du cocon familial afin de s’autonomiser, en élargissant ses horizons pour explorer et de nouvelles expériences en prenant davantage de décisions par lui-même.
  3. Recherche d’identité: les adolescents sont souvent engagés dans une quête pour mieux comprendre qui ils sont, leurs valeurs, leurs croyances et leur place au sein de leur famille et dans le monde (sens existentiel et identitaire).
  4. Les liens sociaux prennent davantage d’importance ; avec une plus grande importance accordée aux pairs et aux amitiés. Et c’est également le début de l’exploration des relations amoureuses.
  5. Développement cognitif. L’adolescent continue de développer des compétences cognitives telles que la capacité de réflexion abstraite, de résolution de problèmes, etc.
  6. Apprentissage et éducation. L’adolescence est aussi une période d’apprentissage, d’acquisition de compétences et d’éducation préparant à devenir des adultes responsables et autonomes.

Cette période développementale qui fait pont entre l’enfance et l’âge adulte est très souvent appréhendée par les parents, en premier lieu mais aussi par la société et le corps enseignant, souvent confrontés à des situations de défis avec des adolescents.

Pourquoi cette période est perçue comme une « crise » ?

Une crise est définie par une période de changements, de conflits, d’instabilité émotionnelle telle qu’elle est perçue dans la société. Elle peut se manifester par des comportements extrêmes (défis, oppositions) avec une violence tournée vers autrui : délinquance, jeux dangereux ou tournée vers soi : fugues, alcool, drogues, conduites sexuelles à risque, tentatives de suicide, troubles alimentaires (anorexie, boulimie) …

Sur le plan scientifique, se sont tous les changements hormonaux, physiologiques, psychologiques et sociétaux qui sont visés, lors de cette période. Les travaux de Damasio et son équipe (1990) ont montré l’implication de certaines zones du cerveau (cortex préfrontal et orbitofrontal) dans la prise de décisions et du comportement social, inadaptées chez les cérébrolésés. Ces zones se caractérisent par une maturation tardive : la connexion avec les autres zones cérébrales commence à l’adolescence et se poursuit sur une vingtaine d’années. Le cortex orbitofrontal gère la capacité d’inhibition qui permet à l’adolescent d’évaluer la situation en termes de gains et de pertes, avant de prendre une décision. Ce discernement fait justement défaut chez l’adolescent qui souvent adopte un comportement impulsif, à risque (Wiart, 2011).

La question de « crise » d’adolescence a suscité également, de nombreux débats parmi les chercheurs. Cependant, les recherches récentes montrent que tous les adolescents ne traversent pas forcément une crise majeure. Les expériences de « « crise d’adolescence varient d’une personne à l’autre, selon l’environnement, culturel, sociétal et familial. Il s’agit donc d’une étape normale du développement comme les autres qui l’ont précédé. Elle sera une « crise » plus ou moins intense selon ce qui a été « planté » durant l’enfance par l’environnement de l’enfant, c’est-à-dire ; ses parents, la société. Elle diffère d’un individu à l’autre selon ses manifestations, sa durée et son intensité.

Attachement et crise d’adolescence : dis-moi comment était ta relation avec ton parent, je te dirai comment sera ton adolescence

Le lien entre attachement et crise d’adolescence est très étudié en psychologie du développement. L’attachement (étudié par Bowlby, 1969) réfère aux liens émotionnels établis coconstruits entre l’enfant et ses soignants, en premier lieu, ses parents ou ses donneurs de soins principaux. C’est un instinct « qui rapproche le bébé de sa mère afin qu’elle puisse lui accorder de l’attention et assurer sa survie » (Wiart,2011). Ces liens jouent un rôle fondamental dans le développement émotionnel, social, psychologique d’un individu.

Voici quelques points expliquant la façon dont l’attachement peut impacter la traversée de cette « crise » par l’adolescent :

  1. La sécurité émotionnelle : L’adolescent ayant développé un lien d’attachement sécure pendant l’enfance aura tendance à avoir une base émotionnelle solide lui permettant d’affronter les défis de la crise d’adolescence. Le sentiment de sécurité dans ses relations favorise la maitrise de l’anxiété à cette période.
  2. L’autonomie : L’attachement sécure lui permet de développer un sens de l’autonomie sain. Il se sent assez en sécurité pour sortir de sa zone de confort afin d’explorer le monde et vivre de nouvelles expériences tout en sachant qu’ils peuvent compter sur le soutien de leurs figures d’attachement en cas de besoin.
  3. Résilience : Les adolescents sécures tendent à être plus résilients et affrontent mieux les épreuves et les changements. Ils sont mieux équipés pour affronter les conflits familiaux et les défis émotionnels de l’adolescence.
  4. Relations avec les pairs : Le type d’attachement construit lors de l’enfance va impacter les interactions avec ses pairs. Celui qui a une base sécure est plus apte à construire des amitiés saines et stables sur le long terme.
  5. Comportements à risque : l’adolescent avec un type d’attachement insécure peut être tenté de s’engager dans des comportements à risque tels que : la consommation d’alcool, la prise de drogues, les relations sexuelles à risque, …un moyen de compenser une carence affective.

 Neurosciences socio- affectives/cognitives et cerveau à l’adolescence

L’apport scientifique sur le fonctionnement du cerveau à l’adolescence a permis une avancée importante quant à l’influence de la relation parents-enfants et de l’empathie. En exemple, l’étude de Sarah Whittle de l’université de Melbourne sur l’étude du cerveau de 188 adolescents avaient montré que le comportement positif de la mère, lors d’un conflit avec son adolescent, est associé à un meilleur fonctionnement des fonctions exécutives et une meilleure régulation émotionnelle.

Cette étude a montré également que ces adolescents avaient de grandes capacités intellectuelles, étaient moins soumis aux troubles anxieux et dépressifs, jouissant d’une bonne capacité de concentration et de résistance aux distractions. La qualité relationnelle avec l’enfant est un facteur essentiel du développement du cerveau. De même, comprendre ses propres états émotionnels (capacité métacognitive) et ceux des autres va permettre à l’adolescent de tisser des liens sociaux satisfaisants. Ainsi, l’attachement précoce joue un rôle important dans la manière dont l’adolescent va aborder et traverser cette période de transition.

Il est clair que les adolescents bénéficiant d’un attachement sécure tout au long de leur développement bénéficient d’une base émotionnelle solide leur permettant de faire face aux défis de cette période du développement transitoire.

L’étude de l’INSERM [1](2013) révèle le mal-être des adolescents de ce 21ème siècle avec une tendance à l’isolement et au repli sur soi (75% des filles vs 57% des garçons), aux jeux vidéo (47% des garçons versus 9% des filles)), 7,8% ont tenté de se suicider et 9% recourent aux scarifications, brûlures. Tandis que 75% pensent avoir besoin de limites, ils sont 77% à prendre des risques quand les limites parentales sont nombreuses. La dépression touche environ 17% des filles versus 7% chez les garçons.

Les parents, comme les enseignants, sont invités à prendre conscience de l’immaturité émotionnelle chez l’enfant et l’adolescent et d’accompagner ce dernier avec une fermeté bienveillante et empathique face aux désaccords et comportements inadaptés. D’où l’importance d’opter pour une posture de guide bienveillant transmettant des valeurs loin de toute stigmatisation des erreurs et échecs. C’est à travers la compréhension et le soutien parental que l’adolescent cheminera progressivement vers sa propre voie (Gueguen, 2018).

Pour les enfants/adolescents (et même les adultes dont les traumas d’enfance n’ont pas été résolus auparavant) rencontrant des troubles d’attachement, un soutien et une thérapie adaptés peuvent leur être proposés afin de les aider à les surmonter.

Bibliographie :

Boussanlegue Tchable. (2019). Attachement aux parents, niveau d’instruction et développement psychosocial pendant l’adolescence cas des élèves des c.e.g. de la région pédagogique golfe-lome. Educom, 009, pp.737. ⟨HAL-04218585⟩.

Gueguen, C. (2018). Heureux d’apprendre à l’école. Comment les neurosciences affectives et sociales peuvent changer l’éducation, Robert Laffont.

Ohayon, A. (2021). L’adolescence, crise individuelle, familiale ou sociale ? Nouvelle revue de psychosociologie, 31, 27-38. Https://doi.org/10.3917/nrp.031.0027
Wiart, Y. (2011). L’attachement, un instinct oublié, Albin Michel.

https://presse.inserm.fr/le-nouveau-visage-de-nos-adolescents/18400/

[1] Voir étude de l’INSERM dans la bibliographie.

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